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Togo - Présidentielles de 2010 : un horizon effroyable

Une analyse assez intéressante.

Le jeu politique au Togo est un billard à plusieurs bandes. Entre les guéguerres historiques, le folklore constant, la violence politique permanente, l’intimidation, la flagornerie et les trahisons politiques récurrentes, on en arrive plus, et c’est là le plus terrifiant, à s’accrocher à quelque motif d’espérance ou à entretenir le secret espoir du changement.

Loin d’être une simple entité politique, le RPT, l’ex-tout puissant parti unique, est un instrument à tiroirs multiples monté sur des « ressorts armés ». A 12 mois des présidentielles au Togo, on voit l’hydre prendre ses aises accentuant impitoyablement l’immense désarroi d’un peuple qui ne rêve plus de voir Hercule arriver.

Schopenhauer a dit : « Vous n’avez aucune chance, mais saisissez-la ! » Cette pensée doit être le credo d’une opposition démocratique éclatée et sans boussole. Les nerfs à vif, la cuisson à l’étuvée a déjà commencé. En témoigne l’impossible discussion au CPDC qui, loin d’être un épisode de plus, traduit un volet du plan machiavélique méthodiquement appliqué.

I- La manœuvre d’intrusion des partis satellites du RPT au CPDC : le prix de la cupidité du parti au pouvoir

L’un des constats majeurs de la vie politique togolaise aux lendemains des élections législatives de 2007 était l’indigence politique des partis satellites du RPT (CPP, PSR, et consorts). Cette réalité politique était d’autant plus troublante qu’on sait que les résultats issus des urnes ont été manipulés par le parti au pouvoir. Le RPT, contre toute évidence, et avec un mépris de l’expression populaire, s’est octroyé 50 des 81 sièges pour se constituer arbitrairement une confortable majorité parlementaire. Mais pourquoi alors ne pas avoir rétribué ses partis satellites en sièges symboliques prélevés sur le butin du hold-up électoral ? Etait-ce pour les contraindre à se débarrasser de leur tenue de camouflage pour revêtir la « burka » intégrale du RPT ? Est-ce juste par cupidité politique et par voracité instinctive ?

En tout état de cause, en les privant de représentativité politique, le RPT consacrait leur obsolescence à tous égards et leur signifiait leur destin de « citron pressé », voire son doux mépris. Et pourtant, le parti au pouvoir a fait de l’instrumentalisation de ces partis de « l’opposition simulée », un levier essentiel des discussions politiques depuis les années 90.

II- La présence des partis satellites du RPT au CPDC : un élément essentiel du piège politique tendu à l’UFC et au CAR

En mai 2007, lors d’un Conseil des ministres comprenant les partis signataires de l’APG (à l’exception de l’UFC) le gouvernement d’union nationale, qui rassemblait le CAR, le RPT et tous ses partis satellites (CPP, PSR...), a décidé que seuls devaient siéger au CPDC, les partis qui obtiendraient au moins 5% des voix aux législatives d’octobre 2007. De facto, aux lendemains des législatives d’octobre 2007, le CPDC est une entité constituée du RPT, de l’UFC et du CAR qui sont les seuls partis à remplir les conditions de membres de CPDC.

Pourquoi alors, ces partis satellites qui se revendiquent d’une « aspiration démocratique » s’efforcent-ils aujourd’hui de fouler au pied un principe qu’ils ont eux mêmes contribué à édifier ? Pourquoi le RPT se donne t-il tant de mal pour faire entrer au CPDC, par la fenêtre, ces partis qu’il a lui même annihilés politiquement ? Et pourquoi le représentant du facilitateur s’est-il associé aussi facilement à la manœuvre qui vise à brouiller la construction d’un cadre électoral consensuel ?

La réponse est dans le piège que le pouvoir est en train de tendre à l’UFC et au CAR.

1- Une alternative redoutable : la résignation ou le boycott

Le souci du RPT aux présidentielles de 2010, c’est de réaliser le hold-up en amont en proposant un scénario moins ridicule. Les militaires s’enfuyant avec les urnes, c’est démodé. Le monde entier en ricane. L’équation est donc de réussir le folklore électoral. Le slogan électoral et politique du RPT, depuis des lustres, est que les élections se gagnent hors des urnes et que la légitimé s’octroie par la force. C’est autour de ce principe que sont menées toutes les manœuvres préélectorales actuelles. C’est pour ce faire que le CPDC dans sa composition réglementaire gêne le parti au pouvoir. Car le RPT est un valide qui a toujours besoin de béquilles.

Gagner hors des urnes implique de « piper les dés ». Le refus de l’UFC et du CAR de se laisser encore une fois berner fait poindre la suspicion d’une unilatéralité de fait qui brouillerait les fragiles gages donnés à l’opinion internationale. L’impossibilité de faire des élections crédibles et de les gagner conduit alors à trouver de nouveaux partenaires même si leur étiquette d’opposants est foncièrement délavée et vire même à celle de « composants ». L’entrée des partis satellites du RPT au CDPC présenterait alors deux avantages majeurs pour le parti au pouvoir :

a- Il retrouverait ses « partenaires de scène » préférés qui joueraient le jeu de l’interlocuteur en lui donnant une réplique convenue ;

b- Dans l’éventualité d’un boycott de l’UFC et du CAR du CDPC, il mettrait un bémol symbolique à son unilatéralité.

Le tour serait joué. Et voilà le piège : si l’UFC et le CAR sortent du cadre de discussion on les indexera comme des partis réfractaires à un large consensus et « machin ». Politiquement, les deux partis sont orientés vers deux portes : Soit ils choisissent de boycotter les élections pour protester ; soit y participent dans un cadre verrouillé et programmé pour la victoire du pouvoir. D’autant qu’en leur absence, on a eu le temps de bien ficeler le numéro.

Voila pourquoi le RPT a aujourd’hui besoin de ces partis satellites pour les instrumentaliser comme ces herbes mortes que le chasseur utilise pour camoufler son piège au regard de ses proies potentielles.

L’autre versant du scénario, c’est de s’assurer de la complaisance du facilitateur. Sa position est une esquisse de l’appréciation de certaines institutions internationales. Point besoin de faire un croquis. On retrouve le scénario des présidentielles de 2005 : la violence politique et l’étouffement de l’opposition politique en interne et la recherche de complicités et de complaisances en externe (OBASANDJO, la CEDEAO...Cauchemar ! Cauchemar !). L’étrange position du représentant du facilitateur sur l’admission des partis satellites du RPT au CDPC et le refus de soumettre les points de désaccord à la facilitation semblent bien indiquer le lâchage du peuple togolais. Le facilitateur semble tourner pudiquement la tête le temps de laisser la machine de guerre s’installer. On prend le pari qu’une fois les positions confortées et les distances d’artillerie réglées, le mécontentement exprimé ici et là décidera soudainement le facilitateur à convoquer le pouvoir et l’opposition à Ouagadougou pour discuter des conditions climatiques et de l’impression des timbres.

2- Le piège se referme tout doucement

Si l’UFC et le CAR perdent le combat de la mise en place d’un cadre électoral fiable, ils perdent, de facto, le combat pour des résultats électoraux justes et fiables. Disons que gagner - ce qui est plus que possible à la vue de la répartition des voix entre le parti au pouvoir et l’opposition parlementaire (l’UFC et le CAR) - deviendrait une prouesse, voire un miracle.

Le RPT a donc choisi l’unilatéralité pour asseoir le cadre électoral en dehors de toute concertation politique et de toutes véritables réformes devant débarrasser la machine électorale de toutes ces tares recensées aux législatives 2007 dont il profite allègrement.

Face à un facilitateur devenu un copain, l’opposition parlementaire cherche un recours pour sortir de ce piège qui, de manœuvre en manœuvre, se referme tout doucement sur toute éventualité d’alternance en 2010.

L’empressement à faire voter par l’Assemblée Nationale une disposition censée relever des points de désaccord traduit bien l’objectif du RPT qui est de mettre l’opposition devant le fait accompli. On a choisi visiblement d’escamoter le temps politique pour accélérer curieusement le rythme législatif sans aucune raison. On y voit bien la consécration de l’immobilisme et la promotion d’un conservatisme qui se traduit par la proclamation du caractère permanent de la CENI.

C’est toujours les mêmes ficelles. La folie serait d’attendre d’autres résultats. Alors « Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La sentinelle répond : Le matin vient, et la nuit aussi ».

Voir en ligne : PRESIDENTIELLES DE 2010 : UN HORIZON SI EFFROYABLE

Commentaires

1 Message

  1. Togo - Présidentielles de 2010 : un horizon effroyable

    Il n’y a personne pour nous sauver des mains d’Obasandjo encore en 2010 aussi ? Pitié, de grâce, sauvez-nous démocrates du monde entier. ON NE VEUT PLUS MOURIR AU TOGO. Cet Obasandjo qui avait tout cautionné pour faire couler le sang de la population en 2005 passe encore au Togo à la place du train de la démocratie ? Pitié ! Pitié !

    | 19 février 2010, 02:17

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