
Depuis les élections de 1999, le régime politique mozambicain est devenu un système de « parti dominant » dans un cadre multipartitique. Donc, avec toutes les apparences d’un régime démocratique. La situation de blocage des perspectives politiques apparue en 1999 et confirmée par les élections de 2004, va créer, durant le mandat de l’actuel Président (Guebuza, 2005-2010), des conditions potentiellement favorables à l’émergence d’une personnalité capable de remobiliser les électeurs de la Renamo qui désertèrent les urnes1. Aux élections municipales de novembre 2003, la Renamo obtient la victoire de ses candidats à Maire en 4 communes sur 33 en lice. Parmi ces 4 communes, Beira, la deuxième ville du pays, où leur candidat, Daviz Simango2, a été élu avec un score honorable (53 ,5%), dans des élections dont le taux de participation au niveau national se plaçait entre 25 et 30%. La presse, dans les années qui se sont suivis, a fait état du « bon travail » que Simango faisait dans la ville de Beira, une ville quasiment sinistrée jusque là. Simango sera même consacré Meilleur Maire de grande ville africaine. Malgré ses états de service, il ne fut pas choisi comme candidat de la Renamo pour sa ville, lors des élections municipales de novembre 2008. Devant cette situation, il a décidé de se présenter comme candidat indépendant, et obtient à nouveau le poste de Maire de Beira, avec 61,6%. Dans la foulée de ce succès - qui apparaît bien comme un camouflet pour Dhlakama, leader historique de la Renamo,.- Daviz Simango lance son propre parti, le MDM (Mouvement Démocratique du Mozambique). Ce parti apparaît, dans un premier temps, comme une alternative non pas au Frelimo, mais plutôt à la Renamo qui a démontré son incapacité à faire face au pouvoir du Frelimo, comme force d’opposition. D’autre part, le choix du Frelimo sur Guebuza comme candidat en 2004, ne s’est pas faite sans crispations internes. Les rapports entre le groupe autour de l’ancien président (Chissano) et celui de ceux qui ont soutenu Guebuza, ne sont pas des meilleurs3. Guebuza, que le parti - dont il est également président - a désigné pour un second mandat, vise également un troisième mandat4, non contemplé dans la Constitution. Cela signifie pouvoir compter sur le vote favorable de deux tiers des députés5.
Début septembre, à quelques jours du commencement de la campagne électorale, la Commission Nationale des Elections6 fait connaître le nom des candidats de diverses listes pour les Présidentielles et les législatives (ainsi que pour élections provinciales, qui se tiendront à la même date). Jamais la CNE a autant rayé de listes qui ont été déposées fin juillet et dont les décisions d’acceptation de ces listes et de ces candidats devraient être rendues publiques le 1er septembre après que la même Commission aurait averti chaque liste et candidat des manques, des corrections et des situations d’inéligibilité (candidats à remplacer). Il s’avère que les intéressés n’ont pas notifiés dans les temps et, en outre, les délais pour le dépôt des nouveaux documents ont été raccourcis, ce qui a mené à l’exclusion de 7 des dix candidats à la Présidentielle et l’exclusion totale ou partielle de 27 partis sur 30 concourrant aux législatives. Le nouveau parti de Daviz Simango ne pourra se présenter que dans 4 sur 13 cercles électoraux. Seuls les deux partis principaux et « alliés objectifs », le Frelimo et la supposée « opposition’ (Renamo) concurrent dans tous les cercles. Tous les recours déposés à la Cour Constitutionnelle contre ces décisions, ont été rejetés. C’est une situation jamais vécue lors des élections précédentes, et qui a une signification politique. Une conférence de presse a même eu lieu, à l’initiative des ambassadeurs des pays donateurs du Budget de l’Etat, dont la Commission Européenne (principal financeur des élections), pour, d’une part, souhaiter une réponse positive du Conseil Constitutionnel au recours des candidats et listes refusées, et, d’autre part, pour mettre en garde les responsables de l’Etat et la CNE sur la possibilité que, dans la situation actuelle, la crédibilité des élections« puisse être mise en cause, à moins que ces questions soient résolues rapidement et substantiellement »7. Ce conseil ne semble pas avoir été suivi.
Une stratégie semble se dessiner pour ces 4èmes élections mozambicaines. Le président Guebuza –qui est également président du parti au pouvoir - est déjà assuré que le MDM, qui risquait de convoyer aux urnes les abstentionnistes nombreux des élections de 2004, et faire diminuer ses voix en pourcentage, ne pourra plus constituer une menace. La proportion de deux tiers de députés Frelimo lui assurera l’introduction de la possibilité d’un troisième mandat dans la Constitution. Si Simango est bien l’un des 3 candidat à la Présidence de la République, Guebuza fait face à deux candidats, avec peu de chances de lui faire de l’ombre. Sauf un deuxième tour avec Simango, qui reste peu probable.
Albano Cordeiro, membre de la Ligue Mozambicaine des Droits Humains
1 Les 1,8 millions d’électeurs de la Renamo de 1999, ne seront plus que 900.000 aux élections de 2004 (réduits de 50% d’une élection à une autre). 2 Le père de Daviz Simango, Uria Simango, a été vice-président du Frelimo avant l’assassinat de Eduardo Mondlane (1969). Après avoir fait partie d’un triumvirat qui dirigera pour quelque temps le Frelimo après la mort de Mondlane, il a été expulsé de l’organisation pour avoir pris des positions « réactionnaires »,. Une commission d’enquête extra-judiciaire, créée par le Frelimo, le condamnera à mort en 1975, et sera fusillé. Pour la Renamo, il est un martyr. 3 Un exemple est l’inculpation de l’ex-ministre de l’Intérieur de Chissano accusé de détournement de biens et fonds public, et mis en prison préventive (Septembre 2008). 4 Art. 147, alinéa 4 de la Constitution de la République du Mozambique . Le forcing pour le troisième mandat pour le président en exercice - que les constitutions africaines, refaites dans les années 90, ont exclu - est un phénomène récurrent dans plusieurs pays africains. 5 Art. 295 de la Constitution de la République du Mozambique (alinéa 1) 6 Cette Commission (CNE) est constituée par 13 membres, dont 3 du Frelimo, 2 de la Renamo et 8 « représentants de la société civile » (ONG’s nationales) choisis par les cinq membres partidaires (majorité Frelimo) 7 In « Eleições 2009 - Boletim sobre o processo político em Moçambique, n° 5, 17/9/09”.

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