Actualités - Revue de presse

Mauritanie - élections présidentielles 2009 - Bravo mon général !

Prochaines élections en Mauritanie : élections présidentielles programmées par la junte les 31 mai et 6 juin 2009.

Protagonistes de cette élection :

- le général Mohamed Ould Abdel Aziz : putschiste en chef de la junte (Haut Conseil d’Etat, HCE) qui a pris le pouvoir le 6 août dernier. Il a été soutenu pour ce coup de force par les Français, mais ceux-ci commencent à le trouver un peu trop encombrant ; - l’ex-colonel Ely Ould Mohamed Vall : n°1 de la junte ayant renversé le dictateur Maouiya Ould Taya le 3 août 2005 (en fait, il a été placé devant par son cousin, Mohamed Ould Abdel Aziz (voir supra) qui était déjà derrière ce putsch-là). Il a de plus en plus les faveurs françaises dans le cadre de perspectives électorales, car plus présentable qu’Abdel Aziz (cf. le statut de père de la démocratie mauritanienne qu’il s’est construit : présence au Festival des Droits de l’Homme de Genève en 2008, son hagiographie par Gaston Kelman), même s’il est l’ancien n°2 de la dictature d’Ould Taya (chef de la police et des renseignements) ; - Ahmed Ould Daddah : demi-frère du premier président mauritanien, Moktar Ould Daddah. Souvent présenté comme l’opposant historique à Maouiya Ould Taya, alors qu’en fait il sortit de nulle part lors des élections de 1992 pour couper l’herbe sous les pieds de l’opposition véritable : il refusa d’aller à la confrontation avec le régime, alors que tout le monde le voulait (population et opposition). Avant le dernier coup d’état, il avait le statut, constitutionnel en Mauritanie, de chef de l’opposition, après avoir été défait au second tour de la présidentielle de 2007. Depuis sa trahison de 1992, il court après le poste qu’il regrette et qui lui reviendrait de droit (selon lui) de président de la République. - Sidi Ould Cheikh Abdallahi : président de la République, élu en 2007 lors des élections les plus transparentes qu’aient connu le pays. Il avait alors bénéficié du soutien des militaires putschistes en 2005 (Ould Mohamed Vall et Ould Abdel Aziz). Il s’est toutefois détaché d’eux en voulant mener une politique indépendante remettant en cause l’impunité et les privilèges de ces derniers (règlement du problème du nettoyage ethnique de 1989-1991, lutte contre les détournements, la corruption, l’affairisme, le pillage du pays et les divers trafics)... ce qui causa son renversement en août 2008. - Les opposants au coup d’Etat : issus de divers partis politiques et mouvements de la société civile, ils s’opposent aux putschistes et soutiennent Sidi Ould Cheikh Abdallahi, non en personne, mais comme symbole de la légalité bafouée. - Quelques petits partis : les pro-putschistes pour que la junte fasse semblant de jouer le jeu d’élections pluralistes et d’autres de l’opposition qui espèrent tirer leur épingle du jeu.

Enjeux :

Ould Abdel Aziz avait organisé en décembre 2008 des Etats Généraux de la Démocratie, dont le véritable but était de promouvoir des élections sous l’égide de la junte et d’affirmer l’éligibilité du général Abdel Aziz. Ces élections ont pour but de légitimer l’écartement du président Abdallahi, le fait accompli du putsch et la prise de pouvoir par le général Abdel Aziz. Celui-ci a donc programmé ces élections pour fin mai début juin. Si elles ont lieu, il n’y aura aucun suspense : le général les gagnera (c’est pour ça qu’il les organise), en ayant recours à toutes les méthodes possibles... A tel point que même son cousin, Ely Ould Mohamed Vall, a dit qu’il ne se présenterait pas si Abdel Aziz était candidat. Sidi Ould Cheikh Abdallahi et ses partisans, rejoint par Ahmed Daddah, condamnent et refusent ces élections. Ils assurent par contre que lorsqu’Abdallahi reviendra au pouvoir, il organisera des élections législatives et démissionnera pour organiser des élections présidentielles, libres et transparentes, sous l’égide d’un comité d’union national neutre, afin de débloquer la situation politique du pays.

Mais des informations se multiplient faisant état de la préoccupation de la France face au blocage de la situation : les grands hommes de la Françafrique (Joubert (conseiller spécial Afrique de Sarkozy), DGSE et armée) semblerait pousser à ce que le n°2 de la junte, le général Ghazouani, renverse Abdel Aziz avant les présidentielles. Les Français amèneraient alors sans doute Ely Ould Mohamed Vall à la présidence...