Actualités - Revue de presse

Mascarades électorales au Mali - (Municipales avril 2009)

Nous relayons ce texte que nous reçu du Mali.
La rédaction d’ElectionsAfrique.org

Le 26 avril 2009 se sont tenues les élections municipales sur l’ensemble des 703 communes que comptent le pays. Ces élections devraient permettre d’élire 10 783 conseillers municipaux. S’agissant du scrutin qui s’est déroulé, des irrégularités graves et des violations flagrantes de la loi électorale ont entaché tout le processus.

Le SADI (Solidarité Africaine pour la Démocratie et l’Indépendance), notre parti a présenté des listes sur 172 communes. Nous avons sillonné presque la moitié de ces circonscriptions. Le spectacle était désolant ; nulle part, il n’y avait en dehors de notre parti des discussions, des débats sur ce que l’on pourrait faire d’une commune. Nous avons assisté à de grands affichages sur murs, arbres et même sur des panneaux de signalisation routière. Des marmites étaient distribuées ça et là aux femmes, des sacs de sel, de sucre, des pagnes, des tee-shirts, des tôles, des sacs de ciment étaient les mots de campagnes de ces partis avant le jour des élections. Le jour des élections, ce sont des billets de banque qui circulaient, des bulletins de vote pré votés sillonnaient dans la cour devant les forces de l’ordre indifférentes. Les téléphones portables étaient utilisés pour photographier dans les urnes et convaincre la partie payante que l’individu avait bel et bien voté. Des bulletins de vote avaient été falsifiés avec modification des logos des partis. Ce qui est grave, c’est que les places des logos qui devraient être conformes au spécimen avaient changé troublant ces électeurs analphabètes à qui, il fallait parler de programme, apprendre à voter, apprendre à reconnaître le logo et sa position sur le bulletin de vote. Des cartes d’identité non remplies circulaient, il fallait les rendre conformes aux cartes d’électeurs volés ou fictifs dès qu’il y a un candidat prêt à les utiliser contre de l’argent.

A la centralisation des résultats, des enveloppes ont été déclarées perdues pour être retrouvées sans cachet s’ajoutant aux autres enveloppes non cachetées. Or toutes ces enveloppes conformément à la loi ne devraient pas être comptabilisées. Mais elles l’ont été.

A titre d’exemple, dans ma commune (Commune I du District de Bamako), après décompte, les résultats des bureaux de votes ont été rangés dans les enveloppes scellées et cachetées. Elles devraient être acheminées à environ 10 kilomètres au Gouvernorat du district de Bamako. Parties vers les 20 heures, ces enveloppes au nombre de 367 sont arrivées à 00heure 45 mn pour le premier lot et le second à 1h 15mn. Sur les 367 enveloppes, 225 n’étaient pas fermées et cachetées donc devraient être annulées. Mais non ce fut le contraire et la dame maire sortante vient d’être reconduite, elle est soutenue par l’administration. Ceci n’est ni isolé ni rare, c’est comme cela partout que les élections se sont passées. Argent, matériels distribués le jour du vote ou pendant les campagnes, des bulletins pré votés, des votes effectués plusieurs fois par la même personne, des enveloppes falsifiées, des tripatouillages informatiques pour que le logiciel réponde au bourrage des urnes... Selon la formule consacrée et empruntée à la communauté internationale, "… ces irrégularités constatées n’entachent en rien la crédibilité, la sincérité et la transparence des élections municipales 2009" Eh oui le Président de la CENI qui est du pouvoir l’a dit lors d’une conférence de presse tenue après les élections. Notons au passage, que ce Monsieur était assis devant le Bureau de vote et donnait de l’argent à qui votait pour le président actuel ATT en avril 2007, il était ministre de l’agriculture à l’époque.

C’est dans cette atmosphère que le parti SADI était présent pour les élections municipales et les élections législatives partielles de Bougouni. Avec très peu de moyens pour circuler et peu d’affiches.

Nous avons pour le moment la direction d’une dizaine de mairies dont celle de la ville de Koutiala (4ème ville au Mali en terme d’importance de la population) ; nous attendons le reste des votes. Nous avons eu pour l’instant 257 conseillers municipaux contre 94 aux élections passées en 2004. Ces résultats seraient au quintuples si nous avions bénéficié de 40% de transparence dans les élections. Nous nous sommes battus contre la fraude, il y a eu des escarmouches de temps à autre sinon nous n’allions même pas eu ce résultat.

A suivre, salutations militantes

Samba Ibrahima Tembely (Bamako, Mali)

Pourquoi le parti SADI ?

Après avoir subis, cinq siècles durant, pour les besoins de l’accumulation primitive du capital, la traite négrière, les peuples africains ont été soumis, par le fer et le feu, pendant plus de trois quarts de siècle, à l’exploitation et à l’oppression impérialiste, à travers la domination du capitalisme colonial. Au Mali singulièrement, une résistance farouche fut opposée, d’abord à la pénétration coloniale ensuite au système d’exploitation, d’oppression et d’humiliation nationale imposée par l’impérialisme. La lutte s’organisa pour recouvrer l’indépendance du joug impérialiste. L’USRDA et d’autres patriotes (syndicalistes, travailleurs, étudiants, militants PAI, jeunesse, femmes etc.…) ont su, par leur nationalisme et les durs combats menés contre le colonialisme et le néocolonialisme, engager le Mali dans la voie de l’indépendance et du panafricanisme. Malheureusement, leurs faiblesses, leurs limites historiques et les contraintes objectives auxquelles ils furent confrontés ne permirent pas de développer jusqu’à son terme la dynamique imprimée à la lutte de notre peuple. Le 19 novembre 1968, à la faveur d’un coup d’État militaire, l’irruption brutale des soldats du néocolonialisme sur la scène politique mit fin à cette tentative d’édification d’une économie nationale forte, prospère et indépendante. Le Mali bascula complètement dans le giron impérialiste. De 1968 à 1991, le régime qui s’installa (d’abord sous la forme de la junte militaire du CMLN, ensuite sous celle du Parti unique UDPM) soumit le pays à la terreur par la confiscation de toutes les libertés tant politiques que syndicales. Une bourgeoisie nationale, militaire, bureaucratique se constitua. Elle organisa un pillage systématique des ressources publiques et livra les finances publiques et l’économie nationale à la rapacité du capital financier international. Le 26 Mars 1991, le peuple se libéra de la dictature dirigée par l’autocrate Moussa Traoré, au prix du sacrifice suprême imposé principalement à la jeunesse malienne : 220 tués - 713 blessés. De 1991 à 1992, le processus démocratique permit la mise en place des institutions républicaines. L’aile dominante de l’ADEMA, nouveau parti politique dirigeant, confisqua la révolution avec la complicité de certaines forces opportunistes du mouvement démocratique et canalisa la transition vers la restauration du régime néocolonial. La 3ème République issue des élections de juin 1992 consacre la domination complète du capital financier international à travers l’imposition forcée des programmes d’ajustement structurel. La nouvelle classe politique au pouvoir, composée en majorité d’intellectuels de "gauche", œuvre au service des institutions économiques mondiales de Brettons Wood (FMI, Banque Mondiale) et impose les diktats de celle-ci par divers moyens ; la division, l’intolérance, l’exclusion, la réanimation de l’esprit de parti unique, la répression des luttes populaires, bref la remise en cause des droits et libertés démocratiques très chèrement acquis. L’heure est grave. Notre courant politique est né de la prise de conscience de l’enjeu de cette situation dramatique et de la volonté de rupture d’avec cette dégénérescence politique aboutissant à la démission et à la trahison des intérêts de notre peuple. Notre lutte s’inscrit résolument dans la lignée des traditions de luttes anticolonialistes et anti-impérialistes maliennes et africaines, singulièrement dans le cadre de la réalisation effective des idéaux de la révolution du 26 mars 1991.