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La Côte d’Ivoire en guerre

Ô Côte d’Ivoire ,grande sœur de l’Afrique de l’ouest, qu’as tu fait de ta tolérance ?

Le conflit ivoirien n’est pas seulement un conflit ivoiro-ivoirien mais bien un conflit régional. En effet, les conséquences de cette crise dépassent largement les frontières de la seule Côte d’Ivoire, d’abord à cause du pouvoir économique de ce pays, ensuite parce que de nombreux « étrangers » de la sous-région ( Burkina Faso, Mali, Sénégal…) y vivent depuis des lustres. Depuis le 19 septembre 2002, date de la tentative de prise de pouvoir par les Forces Nouvelles, la Côte d’Ivoire est coupée en deux. Le nord est contrôlé par les Forces Nouvelles et le sud par les Forces Loyalistes.

Les 20 glorieuses de la Côte d’Ivoire

Dès l’Indépendance en Août 1960, le Parti Démocratique de Côte d’Ivoire – PDCI- et son leader Félix Houphouët Boigny placent la Côte d’Ivoire sur les rails de la croissance en appliquant une politique donnant certes un rôle central à l’Etat mais aussi aux investissements privés et aux capitaux étrangers. Les transformations positives pour l’économie, la santé, ainsi que l’éducation sont alors spectaculaires et le niveau de vie des Ivoiriens s’en trouve fortement amélioré. D’environ 4 millions en 1960, la population augmente et atteint 12 millions d’habitants en 1980. Cette augmentation est certes due à l’amélioration des conditions de vie mais aussi à l’immigration. De nombreux maliens, burkinabé et sénégalais s’installent dans le pays en quête d’une vie meilleure. Ils vont largement contribuer au développement de la Côte d’Ivoire. D’ailleurs, Félix Houphouët-Boigny encourage ces migrations et la Côte d’Ivoire est reconnue dans la sous-région comme un pays ouvert, tolérant et chaleureux. Mais à partir de 1980, l’économie stagne à cause de la détérioration des termes de l’échange.

Ivoirité ! La nouvelle donne politique

A la mort du « vieux sage » Félix Houphouët-Boigny, Henry Konan Bédié du PDCI remporte les élections de 1995 mais celles ci sont largement boycottées par l’opposition. Contrairement à son prédécesseur, Bédié commence à poser un concept nouveau , le concept de l’ivoirité qui finit par gangrener toute la Côte d’Ivoire. Ce concept flou, mis au départ en exergue pour affirmer l’identité ivoirienne en la reposant sur l’ethnicité, devint finalement un moyen d’empêcher le principal opposant Alassane Ouatara , du Rassemblement Des Républicains de Côte d’Ivoire ( RDR) d’accéder à la présidence en mettant en doute sa nationalité ivoirienne. Notons seulement que Ouatara a été premier ministre de Félix Houphouët Boigny. Le pavé est alors jeté dans la mare aux caïmans, le bébé ivoirien de l’ouverture et de la tolérance jeté avec l’eau du bain pour d’obscurs calculs politiques. Konan Bédié est renversé en 1999 par des soldats mécontents qui placent à leur tête le Général Robert Gueï qui tente de s’imposer par la force aux élections d’octobre 2000 mais est contraint de reculer à cause des manifestations de la rue. La cour suprême déclare alors Laurent Gbagbo, leader du principal parti d’opposition le Front Populaire Ivoirien ( FPI), président de la République. Ce dernier, socialiste, décide pourtant de renouer avec le vieux concept d’ivoirité et tient un langage double et assez trouble. Il met cependant en place un gouvernement d’union nationale mais en même temps, les Burkinabé sont pris pour cible par certains élus locaux qui les indexent, parfois sans prendre de gants, de connivence avec un ennemi installé à l’étranger ( le Burkina Faso est alors le coupable le plus probable). Le 19 septembre 2002 marque une nouvelle étape dans le conflit. Des militaires partis du Burkina Faso s’emparent de plusieurs villes du Nord ( Bouaké et Khorogho) mais sont mis en échec à Abidjan. Et depuis, malgré plusieurs tentatives de médiation africaines et française, c’est le statut quo, chaque camp gardant ses positions. Le principal leader des forces nouvelles ( qui contrôlent plus de 50% du territoire) Guillaume Soro est alors nommé premier ministre après les accords de Ouagadougou.

Le Nord et le Sud, guerre de sécession ?

Exactions, raquets sont alors le lot des immigrants burkinabé depuis le début de la crise. Stigmatisés comme sympathisants rebelles, ils sont raquettés par des bandes de jeunes organisés en milices qui se décrètent patriotes ivoiriens. Cependant dans les villages où vivent depuis longtemps ces hommes venus des pays voisins, les anciens les soutiennent et réprimandent les jeunes qui voient d’un mauvais œil cette sage ingérence des anciens. Un nouveau pouvoir petit à petit se met en place, celui des jeunes patriotes, souvent issus du milieu universitaire et dont les leaders comme Blé Goudé qui se fait appeler Général font l’apologie d la violence. Roulant en 4x4, habillés comme des mafieux, ces jeunes ivoiriens nourris de films américains se posent en un nouveau pouvoir relais pour le FPI de Gbagbo. Au Burkina Faso , le pouvoir en place profite de la situation pour créer une union nationale autour du président burkinabé Blaise Compaoré, arrivé lui-même au pouvoir par un coup d’Etat militaire- le 15 octobre 1987- . Son règne est aujourd’hui troublé par l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, dont le pouvoir n’arrive pas à se défaire. Ainsi, l’instrumentalisation du conflit ivoirien par le régime de Campaoré est un véritable « coup politique » et prouve que ce dernier est un fin politicien. Soutenu par la France , il a su tirer les ficelles comme un véritable marionnettiste pour rester au pouvoir depuis plus de 22 ans, devenant même un poids lourd de la sous-région, capable de déstabiliser les pays voisins. Le rôle du Burkina Faso dans les conflits libériens et ivoiriens, est connu de tous mais le bon élève du FMI et de la Banque mondiale a les reins solides. Tant que l’économie va, tout va…même si on est plutôt proche d’un « Etat voyou ».

L’éléphant est sage

La Côte d’Ivoire doit sortir de la crise qu’elle traverse, c’est nécessaire. Ce pays a su pendant de nombreuses années accueillir ses voisins à bras ouverts. Comment en quelques années la Côte d’Ivoire a-elle pu changer à ce point ? Un proverbe africain dit que le bois a beau séjourner dans l’eau, cela n’en fait pas un crocodile. Espérons seulement que le bois ivoirien noyé dans la mare politicienne retrouve sa véritable nature et ne devienne jamais un crocodile. Les derniers accords de Ouagadougou ainsi que les dernières déclarations du Premier ministre Guillaume Soro confirment l’organisation des élections présidentielles le 29 novembre 2009. Espérons que la Côte d’Ivoire retrouve enfin sa véritable nature, celle d’un peuple uni dans la tolérance, un peuple d’ouverture et celle d’un peuple de travailleurs.

Moulzo ( Afrique-s en lutte)