
Après la mort du général Eyadéma, qui avait gouverné le Togo d’une main de fer pendant 38 ans, Faure Gnassingbé, son fils, fut annoncé vainqueur à l’issue de l’élection présidentielle en 2005. Ce résultat était fortement contesté par l’opposition et les troubles qui ont suivi ont causé des centaines de morts et des dizaines de milliers d’exilés. Par conséquent, le déroulement de l’élection en 2010 était attentivement suivi par la communauté internationale et notamment par l’Union européenne.
Celle-ci a en effet financé le scrutin du 4 mars à hauteur de 9 millions d’euros. La mission d’observation électorale de l’Union européenne (MOE UE), forte de 130 membres, a publié un rapport préliminaire qui pointe de graves irrégularités pendant la préparation du scrutin - les listes électorales établies avec l’aide de la société belge Zetes missionnée par la Commission européenne se sont notamment révélées très défectueuses -, lors de la campagne électorale et au moment de la centralisation des résultats. Toutefois, la mission de l’UE se garde bien de porter un jugement définitif sur l’ensemble du processus électoral. Elle « ne tirera pas de conclusions finales avant l’achèvement de la centralisation et l’annonce des résultats ». Le rapport final sera publié environ deux mois après la fin du traitement des contentieux éventuels sur les résultats de l’élection. Quant à la vice-présidente de la Commission européenne et Haute Représentante aux affaires extérieures et à la politique de sécurité, Mme Catherine ASHTON, elle a, avec le Commissaire en charge du développement Andris PIEBALGS, appelé les Togolais... essentiellement à la tranquillité. "Nous avons suivi avec beaucoup d’attention le déroulement des élections au Togo. Nous rendons hommage au sens civique des Togolais qui ont voté dans le calme, et nous les appelons à continuer à faire preuve de leur sens des responsabilités et à résoudre tout contentieux électoral éventuel selon les voies de recours légales", ont-ils souligné dans une déclaration.
Nous trouvons cette position un peu courte, et surtout trop peu politique. Car soit l’Union européenne finance des élections et elle se donne les moyens d’en garantir la transparence. Soit elle se met dans une position d’assistance à dictateur en recherche de légitimité électorale. A l’heure où nous écrivons ces lignes, le 10 mars 2010, seule l’Union africaine a reconnu les résultats provisoires proclamés par la CENI. L’Union européenne et la France, dont les avis seront déterminants pour assurer la légitimité du nouvel élu, n’ont pas donné leur position. Pour qu’elles puissent le faire en connaissance de cause, il faudrait que des résultats alternatifs puissent être opposés à ceux de la CENI. De tels résultats sont en cours d’élaboration par l’opposition - dont les ordinateurs ont été saccagés lundi 8 mars par la FOSEP, gendarmerie spéciale équipée grâce à des financements européens octroyés via l’agence gouvernementale France Coopération Internationale -, ainsi que par des organisations de la société civile togolaise regroupés au sein d’un "Mécanisme de coordination des activités de la société civile" qui ont déployé des observateurs dans les centres de vote sur l’ensemble du territoire national. Or plusieurs militants des organisations membres de ce "Mécanisme de coordination..." ont également été intimidés voire emprisonnés par la FOSEP.
Seuls les jours à venir nous diront ce qu’il adviendra du résultat de l’élection présidentielle du 4 mars au Togo. A l’heure actuelle, on ne peut malheureusment qu’espérer que les Togolais ne seront pas à nouveau privés d’un résultat transparent. Mais le déroulement de ce scrutin appelle à l’avenir à imaginer et surtout mettre en oeuvre, dans tous les pays réputés autoritaires où l’Union européenne finance et observe des élections, une coordination étroite entre les observateurs de l’Union européenne et un collectif d’organisations de la société civile du pays concerné. En effet, dans un contexte électoral le plus souvent très tendu, celles-là n’ont que très rarement les possibilités concrètes de produire seules des résultats alternatifs à un pouvoir en place qui dispose au contraire, à tous les maillons de la chaîne électorale (établissement des listes, campagne électorale, scrutin proprement dit, centralisation et proclamation des résultats...), de tous les moyens pour falsifier le suffrage du peuple.
Brigitte BROZIO et Benjamin BIBAS

Commentaires
Répondre à cet article